Je suis photographe, et je vais commencer par vous dire une chose qui dessert le commerce en général : l'appareil compte beaucoup moins que ce que la publicité vous laisse croire. J'ai le même boîtier depuis 2019 et je ne compte pas en changer. Entre-temps j'ai changé d'objectifs, et mes photographies se sont améliorées. Vous n'achèterez pas de meilleures photographies. Vous achèterez un outil qui vous permettra d'en faire, une fois que vous saurez vous en servir.
Il vous en faut quand même un. Et devant une fiche technique qui parle de capteurs APS-C, de stabilisation sur cinq axes et de rafales à vingt images par seconde, rien ne vous dit si celui-là vous conviendra.
Cet article est écrit pour quelqu'un qui part de zéro. Aucun mot technique n'est supposé connu : chaque terme suivi d'un astérisque est expliqué au bas de la section où il apparaît. Et aucun modèle n'est recommandé, volontairement, parce que les boîtiers changent tous les deux ans quand les principes, eux, ne changent pas. À la fin, vous saurez décider seul, y compris dans cinq ans.
Avez-vous vraiment besoin d'un appareil photo ?
Commençons par la question qu'aucun vendeur ne vous posera.
Un téléphone récent fait très bien des choses qui étaient difficiles il y a dix ans. Il expose correctement dans la plupart des situations, il assemble plusieurs images en une fraction de seconde pour rattraper les contrastes, et il tient dans une poche, ce qui est le premier critère de toute photographie : être là au bon moment.
Si vous photographiez surtout vos proches, vos repas, vos voyages, et que vous regardez ces images sur un écran, votre téléphone suffit probablement. Vous progresserez davantage en apprenant à composer vos images qu'en changeant de matériel.
Je le dis en connaissance de cause. Il m'arrive de photographier uniquement avec mon téléphone, parce que je ne sors pas toujours avec mon appareil. Le meilleur appareil photo reste celui qu'on a sur soi, et une image faite au téléphone vaudra toujours mieux qu'un moment manqué.
Un appareil dédié devient utile quand vous rencontrez l'une de ces limites.
La faible lumière. Une salle de spectacle, une église, un intérieur le soir, une aurore boréale. Le petit capteur* d'un téléphone manque de surface pour collecter la lumière, et il compense par du traitement logiciel qui finit par se voir : lissage, contours dessinés, couleurs approximatives.
La distance. Un oiseau, un joueur sur un terrain, un détail d'architecture en hauteur. Le zoom d'un téléphone est en grande partie un recadrage*. Un vrai téléobjectif* rapproche optiquement, ce qui n'a rien à voir.
Le flou d'arrière-plan*. Le mode portrait des téléphones simule cette séparation par calcul, et vous avez sans doute déjà vu ses erreurs : une mèche de cheveux découpée, une monture de lunettes floutée par erreur. Un capteur plus grand et un objectif* lumineux* produisent cet effet réellement.
Le tirage grand format. Si vous voulez imprimer en grand, la différence apparaît. Un fichier de téléphone très travaillé par le logiciel tient rarement l'agrandissement aussi bien qu'un fichier d'appareil.
Le contrôle. C'est la vraie raison, celle qui pousse la plupart des gens. Vous voulez décider vous-même de ce que fait l'appareil au lieu de le subir, et comprendre pourquoi une image fonctionne. Un appareil dédié met ces décisions sous vos doigts au lieu de les cacher dans des menus. Nous verrons plus loin exactement lesquelles.
Si aucune de ces cinq limites ne vous concerne aujourd'hui, gardez votre téléphone et revenez à cet article le jour où vous en rencontrerez une. Ce n'est pas un conseil de modestie, c'est le meilleur usage de votre argent.
Les mots de cette section
Le capteur*. La petite surface électronique sensible à la lumière, cachée à l'intérieur de l'appareil. C'est elle qui enregistre l'image. Elle a remplacé la pellicule d'autrefois, et sa taille physique est l'une des principales différences entre deux appareils.
L'objectif*. Le tube de lentilles qui se fixe devant l'appareil. C'est lui qui projette l'image sur le capteur. Sur certains appareils il se change, sur d'autres il est solidaire du corps.
Un objectif lumineux*. Vous lirez souvent cette expression. Elle ne veut pas dire que l'objectif éclaire quoi que ce soit, mais qu'il laisse entrer beaucoup de lumière. C'est ce qui permet de photographier dans l'obscurité et d'obtenir un arrière-plan flou.
Le téléobjectif*. Un objectif qui voit loin et étroit, comme des jumelles, et qui rapproche les sujets éloignés. Son contraire est le grand-angle, qui voit large et fait entrer beaucoup de choses dans le cadre. Un zoom est simplement un objectif qui passe de l'un à l'autre.
Le flou d'arrière-plan*. L'effet qui détache un sujet net d'un fond flou. Son nom technique est la profondeur de champ, c'est-à-dire la tranche de la scène qui apparaît nette de l'avant vers l'arrière. Quand cette tranche est très mince, le fond disparaît dans le flou.
Le recadrage*. Le fait de couper les bords d'une image après coup, sur l'ordinateur, pour resserrer sur le sujet.
Ce qui change vraiment la qualité d'une image
Avant de comparer des modèles, il faut savoir ce qu'on compare. Quatre choses déterminent l'essentiel, et elles ne sont pas dans l'ordre auquel on s'attend.
1. La lumière
C'est le facteur numéro un, et il ne s'achète pas. La même scène photographiée à midi et une heure avant le coucher du soleil donne deux images sans rapport, avec n'importe quel appareil. Aucun boîtier* ne rattrape une mauvaise lumière, et une belle lumière sauve un boîtier modeste.
2. Le photographe
Le cadrage, le moment, la distance au sujet, ce que vous décidez de laisser hors du cadre. C'est ce qui distingue deux photographies prises au même endroit avec le même matériel. Et contrairement au matériel, cela s'apprend : c'est précisément l'objet de ma formation.
3. L'objectif
Il forme l'image avant que le capteur ne l'enregistre. Un bon objectif sur un boîtier moyen donne de meilleurs résultats qu'un objectif médiocre sur un boîtier excellent. Nous y reviendrons en détail, parce que c'est le point le plus sous-estimé de tout achat.
4. La taille du capteur
Elle arrive en quatrième position, et pourtant c'est le premier chiffre que les vendeurs mettent en avant. Un capteur plus grand collecte plus de lumière, ce qui aide dans l'obscurité et facilite le flou d'arrière-plan. C'est réel, mais c'est loin d'être décisif si les trois points précédents ne sont pas maîtrisés.
Et ce qui ne compte presque pas : les mégapixels
J'y ai cru moi aussi. À mes débuts, j'étais persuadé qu'un grand nombre de mégapixels garantissait une bonne image, et c'était le premier chiffre que je comparais.
C'est le malentendu le plus répandu. Les mégapixels mesurent la définition, c'est-à-dire la taille de l'image en nombre de points. Ils ne mesurent pas la qualité.
Pour vous donner un ordre de grandeur : vingt-quatre mégapixels permettent d'imprimer très correctement en grand format. Au-delà, vous gagnez surtout de la marge de recadrage et des fichiers plus lourds à stocker.
Deux appareils de vingt-quatre mégapixels peuvent produire des images très différentes selon la taille de leur capteur et la qualité de leur objectif. Le chiffre seul ne vous dit rien.
Les mots de cette section
Le boîtier*. Le corps de l'appareil, sans objectif. C'est la partie qui contient le capteur, l'électronique, l'écran et les commandes. Quand on dit qu'un appareil coûte cher, on parle presque toujours du boîtier seul.
Ce que vous allez décider vous-même
C'est ici que se joue la différence entre subir son appareil et s'en servir. Quatre réglages, plus une décision. Ils reviendront dans tout le reste de l'article, et dans chaque fiche technique que vous lirez.
L'exposition*. La quantité de lumière que reçoit le capteur. Une image trop sombre est sous-exposée, une image trop claire est surexposée. Les trois réglages suivants ne servent qu'à la doser, chacun à sa manière et avec sa contrepartie.
L'ouverture*. La taille du trou par lequel la lumière entre dans l'objectif. Elle s'écrit avec un f suivi d'un nombre, par exemple f/1.8. Plus le nombre est petit, plus le trou est grand et plus il entre de lumière. C'est contre-intuitif, et c'est ainsi. Retenez que f/1.8 est une grande ouverture et f/16 une petite. C'est aussi elle qui commande le flou d'arrière-plan : grand trou, fond flou.
La vitesse d'obturation. La durée pendant laquelle l'obturateur*, le petit rideau placé devant le capteur, laisse entrer la lumière. Un deux-centième de seconde, par exemple. Une vitesse rapide fige le mouvement, une vitesse lente le laisse filer. C'est ce qui décide si une cascade devient un voile de soie ou reste une eau qui gicle.
La sensibilité, ou ISO*. Le réglage qui amplifie le signal du capteur quand il manque de lumière. Monter la sensibilité permet de photographier dans le noir, au prix d'un grain qui apparaît dans l'image.
Et une cinquième, qui n'est pas un dosage de lumière mais qui se décide tout autant.
La mise au point*. L'opération qui rend net le sujet que vous visez. L'appareil la fait tout seul dans la plupart des cas, et cela s'appelle alors la mise au point automatique, ou autofocus en anglais. Les deux mots désignent la même chose. Vous pouvez aussi la faire à la main.
Ces cinq mots reviendront dans chaque fiche technique que vous lirez. Vous n'avez pas besoin de savoir les manier aujourd'hui, seulement de savoir de quoi on parle.
Les mots de cette section
L'obturateur*. Le petit rideau mécanique qui s'ouvre et se referme devant le capteur au moment où vous appuyez sur le bouton. C'est lui qui fait le petit claquement. C'est une pièce d'usure, et le nombre de fois qu'elle s'est ouverte se compte, ce qui comptera au moment d'acheter d'occasion.
Les grandes familles d'appareils
Le compact
Un boîtier de poche, objectif fixé au corps, non interchangeable.
Pour qui : quelqu'un qui veut mieux qu'un téléphone sans rien porter de plus.
Ce que vous gagnez : la discrétion, le poids, parfois un zoom utile.
Ce que vous perdez : la possibilité de changer d'objectif, donc d'évoluer. Attention, la catégorie est très large : certains compacts ont un capteur à peine plus grand que celui d'un téléphone, ce qui les rend peu intéressants aujourd'hui. D'autres, dits « compacts experts », ont un capteur nettement plus grand et un objectif lumineux, et ce sont d'excellents appareils d'apprentissage.
Le bridge
Un boîtier qui ressemble à un gros appareil, avec un zoom énorme intégré, non interchangeable.
Pour qui : quelqu'un qui veut un très grand zoom, pour photographier des animaux ou du sport depuis les gradins, sans acheter plusieurs objectifs.
Ce que vous gagnez : une amplitude de zoom qu'aucun autre format ne vous donnera à ce prix.
Ce que vous perdez : le capteur est généralement petit, ce qui limite en basse lumière. Et l'objectif devient peu lumineux au maximum du zoom, précisément là où vous en auriez besoin.
L'hybride, ou « mirrorless »
Un boîtier à objectifs interchangeables, sans miroir à l'intérieur.
Un mot d'explication, parce que ce nom ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas de quel miroir on parle. Pendant cinquante ans, les appareils sérieux contenaient un miroir incliné qui renvoyait l'image de l'objectif vers un viseur*, puis se relevait au moment du déclenchement pour laisser passer la lumière. C'est ce mécanisme qui fait le petit claquement caractéristique. Les hybrides ont supprimé ce miroir : le capteur reçoit la lumière en permanence, et le viseur est devenu un petit écran qui montre l'image telle qu'elle sera enregistrée.
C'est de là que viennent tous les avantages et tous les inconvénients qui suivent.
Pour qui : la très grande majorité des débutants qui achètent neuf aujourd'hui.
Ce que vous gagnez : la compacité relative, un viseur qui vous montre l'effet de vos réglages avant le déclenchement, une mise au point automatique généralement excellente, et l'accès à un catalogue d'objectifs.
Ce que vous perdez : l'autonomie, car le viseur et l'écran consomment en permanence. Prévoyez une deuxième batterie.
Le reflex
Un boîtier à objectifs interchangeables avec un miroir et un viseur optique : vous voyez la scène directement à travers l'objectif, pas une image électronique.
Pour qui : celui qui achète d'occasion avec un budget serré, ou celui qui préfère un viseur optique.
Ce que vous gagnez : un viseur qui ne montre aucun retard ni aucun pixel puisque vous regardez la scène réelle, une autonomie souvent bien supérieure, un boîtier assez gros pour bien tenir en main, et surtout un marché de l'occasion très fourni à bas prix.
Ce que vous perdez : le poids, l'encombrement, et l'avenir. C'est le point suivant.
Les mots de cette section
Le viseur*. La petite fenêtre dans laquelle on colle son œil pour cadrer, par opposition à l'écran arrière que l'on tient à bout de bras. Sur un reflex il est optique, vous voyez la scène réelle à travers l'objectif. Sur un hybride c'est un minuscule écran, qui vous montre l'image telle qu'elle sera enregistrée.
Hybride neuf ou reflex d'occasion : la vraie question aujourd'hui
Le marché a basculé, et il faut le savoir avant d'acheter.
Tous les constructeurs à l'exception de Pentax ont cessé de développer de nouveaux reflex et concentrent leur recherche sur les hybrides. Les hybrides représentent aujourd'hui environ cinq fois plus de ventes que les reflex.
Cela ne veut pas dire qu'un reflex est mauvais. Un reflex de bonne qualité acheté il y a huit ans fait toujours d'excellentes photographies, et il les fera encore dans dix ans. La physique n'a pas changé.
Cela veut dire deux choses concrètes.
Si vous achetez neuf, achetez un hybride. Vous investissez dans un système qui continuera d'être développé, avec de nouveaux objectifs et un support à long terme.
Si votre budget est serré, un reflex d'occasion reste une porte d'entrée remarquable. Le basculement du marché a fait chuter les prix de boîtiers et d'objectifs qui étaient hors de portée il y a quelques années. Pour apprendre les sept notions qui comptent réellement, un reflex d'occasion est parfait, et il vous laissera de l'argent pour un bon objectif.
La question n'est donc pas « lequel est meilleur ». Elle est : est-ce que je veux investir dans un système pour dix ans, ou est-ce que je veux le meilleur outil d'apprentissage possible pour un budget donné ?
Les tailles de capteur, expliquées simplement
Ces quatre noms désignent simplement des tailles physiques de capteur. Ce ne sont pas des marques ni des niveaux de qualité, juste des dimensions, comme on parlerait de la taille d'une feuille de papier. Les noms sont hérités de l'histoire technique et n'ont aucune logique apparente : ne cherchez pas à les comprendre, retenez seulement l'ordre.
Du plus petit au plus grand :
Le capteur de type 1 pouce. Environ 13 mm sur 9 mm, soit à peu près quatre fois la surface d'un capteur de téléphone. On le trouve dans les compacts experts et certains bridges. Nette amélioration par rapport au téléphone, format très transportable.
Le Micro 4/3. Environ 17 mm sur 13 mm, soit à peu près le double du précédent. Son intérêt principal est la taille des objectifs, qui restent petits et légers. Excellent compromis pour qui marche beaucoup.
L'APS-C. Environ 23 mm sur 15 mm. Le nom vient d'un format de pellicule des années quatre-vingt-dix, et ne vous apprend rien d'utile. C'est le format le plus courant chez les appareils d'entrée et de milieu de gamme, le meilleur rapport entre qualité, prix et encombrement, et c'est très probablement là que vous devriez regarder.
Le plein format, aussi appelé 24x36. Environ 36 mm sur 24 mm, d'où son nom : ce sont des millimètres, et c'est la taille exacte d'une image sur les pellicules que l'on achetait avant le numérique. Environ 2,3 fois la surface d'un APS-C. Meilleure gestion de la basse lumière, flou d'arrière-plan plus facile à obtenir. Aussi : boîtiers plus chers, objectifs plus chers, plus gros et plus lourds.
Pour vous donner une image : un capteur plein format tient dans un timbre-poste, un capteur de téléphone dans la tête d'une allumette. Tout se joue dans cet écart.
Un mot d'honnêteté sur le plein format. Il est présenté comme l'aboutissement, et beaucoup de débutants économisent pour y accéder directement. C'est presque toujours une erreur. Un boîtier plein format avec un objectif bon marché donne de moins bons résultats qu'un boîtier APS-C avec un bon objectif, pour un prix supérieur et un sac plus lourd. La taille du capteur ne compense jamais un mauvais objectif.
L'objectif compte plus que le boîtier
C'est le conseil qui fait la plus grande différence sur une première photographie, et c'est celui qu'on suit le moins. C'est aussi ce qui a fait progresser mes propres images.
Ce qu'est l'objectif du kit
Quand vous achetez un appareil à objectifs interchangeables, il est souvent vendu avec un zoom d'entrée de gamme. Cet objectif est correct, polyvalent, et il vous permet de commencer. Il a deux défauts : il n'est pas très lumineux, et il rend les bords de l'image moins nets que le centre.
Ce n'est pas un piège, c'est un point de départ raisonnable. Mais sachez que c'est lui qui limitera vos images bien avant le boîtier.
La lumière d'un objectif
Vous verrez des chiffres comme f/1.8, f/2.8, f/3.5-5.6. Ils indiquent l'ouverture maximale, c'est-à-dire la quantité de lumière que l'objectif laisse passer. Plus le chiffre est petit, plus l'objectif est lumineux.
Un objectif lumineux vous donne deux choses : la possibilité de photographier dans l'obscurité sans dégrader l'image, et un flou d'arrière-plan plus prononcé.
Le « 3.5-5.6 » que vous verrez sur les zooms de kit signifie que la luminosité diminue à mesure que vous zoomez. C'est la limite principale de ces objectifs.
Commencez polyvalent, spécialisez-vous ensuite
On vous dira souvent d'acheter tout de suite une focale* fixe lumineuse. Je ne suis pas d'accord, et voici pourquoi.
Une focale fixe ne zoome pas. Elle vous oblige à vous déplacer au lieu de tourner une bague*, ce qui est un excellent exercice, et elle vous enferme dans un seul cadrage, ce qui est un mauvais départ. Tant que vous ne savez pas ce que vous aimez photographier, vous ne pouvez pas savoir quelle focale vous servira. Achetez un 50 mm et découvrez trois mois plus tard que vous aimez les oiseaux, vous avez acheté le mauvais objectif.
Commencez donc avec un zoom polyvalent, celui du kit fera l'affaire. Son travail n'est pas de faire vos plus belles images, il est de vous laisser tout essayer : le paysage, le portrait, la rue, le détail. Vous découvrirez en quelques mois ce vers quoi vous revenez sans y penser.
Ensuite, laissez vos fichiers vous répondre. Votre appareil enregistre la focale utilisée dans chaque photographie. Au bout de quelques centaines d'images, regardez lesquelles vous préférez et à quelle focale elles ont été prises. Vous aurez une réponse chiffrée, pas une intuition.
C'est à ce moment-là qu'une focale fixe lumineuse vaut son prix, parce que vous saurez laquelle acheter. Elle sera plus lumineuse et moins chère qu'un zoom de qualité équivalente, et là, oui, elle transformera vos images.
Je travaille moi-même en focale fixe aujourd'hui. Et j'envisage de revenir à un zoom polyvalent. Ce n'est pas une hiérarchie, c'est un aller-retour.
Quelle focale choisir
Sans entrer dans les chiffres, retenez le principe. Une focale courte élargit le champ et convient aux paysages et aux intérieurs. Une focale longue resserre et rapproche, et convient aux portraits et aux sujets lointains. Entre les deux se trouvent les focales dites standard, proches de ce que voit l'œil, qui conviennent à presque tout. C'est en général la zone que couvre le zoom vendu avec l'appareil, et c'est très bien ainsi pour commencer.
Les mots de cette section
La focale*. Le chiffre en millimètres écrit sur l'objectif, par exemple 35 mm ou 200 mm, qui indique où l'on se situe entre le grand-angle et le téléobjectif. Un petit chiffre voit large, un grand chiffre voit loin.
La bague*. L'anneau que l'on tourne sur l'objectif lui-même, pour zoomer ou pour faire la mise au point à la main.
La suite, quand vous serez prêt
Choisir un appareil prend une journée. Apprendre à s'en servir, c'est l'objet des Sept clés de la photographie : 118 pages sur les notions qui font une photographie, sans une ligne sur le matériel.
Découvrir la formationVous n'achetez pas un boîtier, vous entrez dans un système
C'est le point le plus important à long terme et le moins visible au moment de l'achat.
Chaque marque a sa propre monture, c'est-à-dire sa propre façon de fixer les objectifs. Un objectif d'une marque ne se monte pas sur le boîtier d'une autre, sauf bricolage avec des compromis.
Concrètement : le jour où vous changerez de boîtier, vous garderez vos objectifs uniquement si vous restez dans la même famille. Et comme les objectifs durent bien plus longtemps que les boîtiers, souvent quinze ou vingt ans, c'est le système que vous choisissez, pas l'appareil.
Avant d'acheter, posez-vous donc ces questions.
Cette marque propose-t-elle des objectifs abordables dans les focales qui m'intéressent ? Existe-t-il un marché de l'occasion fourni pour cette monture ? Des fabricants indépendants proposent-ils des objectifs compatibles, ce qui fait baisser les prix ?
Toutes les grandes marques font aujourd'hui d'excellents appareils. La différence entre elles se joue sur le catalogue d'objectifs, les prix, et l'ergonomie, pas sur la qualité d'image.
Ce qu'il faut regarder sur une fiche technique
Ce qui compte pour apprendre
Les molettes* et les boutons. C'est le critère le plus négligé et l'un des plus utiles. Un appareil qui a deux molettes physiques vous permet de changer la vitesse et l'ouverture sans quitter le viseur. Un appareil qui enterre ces réglages dans un menu tactile vous découragera de sortir du mode automatique. Si vous achetez un appareil pour apprendre, achetez-en un qui rend les réglages accessibles.
Le viseur. Regarder dans un viseur, l'appareil contre le visage, stabilise la prise de vue et vous isole de ce qui vous entoure. Certains modèles d'entrée de gamme n'en ont pas et se contentent de l'écran arrière. C'est possible, mais moins confortable au soleil et moins stable.
L'écran orientable. Utile pour photographier au ras du sol ou à bout de bras, deux angles qui rendent immédiatement les images plus intéressantes.
La stabilisation. Elle compense les tremblements de vos mains et vous permet de photographier plus longtemps sans flou. Elle peut être dans le boîtier ou dans l'objectif. C'est un vrai confort, sans être indispensable pour apprendre.
L'autofocus. Tous les appareils récents sont bons. Les plus récents détectent les yeux, les animaux, les véhicules. Agréable, rarement décisif pour débuter.
Ce que vous pouvez ignorer
Les mégapixels, sauf si vous imprimez très grand ou recadrez beaucoup.
La sensibilité maximale annoncée. Les chiffres extrêmes des fiches techniques sont inutilisables en pratique.
La rafale, c'est-à-dire le nombre d'images par seconde que l'appareil peut enchaîner en maintenant le déclencheur. Sauf si vous photographiez du sport ou des oiseaux en vol, vous n'en aurez pas l'usage.
Les modes scène du type « portrait », « coucher de soleil », « feux d'artifice ». Ils choisissent des réglages à votre place et vous empêchent de comprendre lesquels.
Les vidéos très haute définition, si vous achetez pour la photographie.
Les mots de cette section
La molette*. La petite roue crantée, sur le dessus ou à l'arrière du boîtier, que l'on fait tourner avec le pouce ou l'index pour changer un réglage sans quitter le viseur des yeux. Le nombre de molettes d'un appareil compte plus qu'on ne croit.
Ce qu'aucune fiche technique ne vous dira
Voilà le conseil le plus négligé de toute la liste, et sans doute le plus important.
Une fiche technique vous donne des chiffres. Elle ne vous dira jamais si l'appareil tient bien dans votre main, si vous trouvez le bouton que vous cherchez sans le regarder, ni si ses menus vous exaspèrent au bout de dix minutes. Or c'est exactement ce qui décide si vous vous en servez ou s'il dort dans un tiroir.
La prise en main. Les mains n'ont pas toutes la même taille. Un boîtier qui se tient parfaitement chez quelqu'un peut vous faire crisper les doigts. La poignée est trop petite ou trop profonde, votre auriculaire pend dans le vide, votre pouce se pose sur un bouton qu'il enfonce sans le vouloir. Personne ne peut décider ça pour vous, et aucun test en ligne ne le fera.
Les menus. Vous allez y passer beaucoup de temps les premiers mois, et ils diffèrent énormément d'une marque à l'autre. Certains sont limpides. D'autres empilent des sous-menus dont l'organisation n'appartient qu'à celui qui les a dessinés. Ce n'est pas un détail : un menu qui vous décourage, c'est un appareil qui reste en mode automatique.
Le placement des commandes. Vérifiez que vous atteignez les réglages importants l'œil au viseur, sans avoir à chercher.
Alors allez l'essayer. Vingt minutes en magasin valent mieux que vingt avis en ligne. Prenez l'appareil en main, avec un objectif monté dessus, et faites précisément ceci :
Tenez-le d'une seule main et voyez si la poignée remplit votre paume. Changez la sensibilité sans quitter le viseur des yeux. Entrez dans le menu et formatez une carte. Changez le mode de mise au point. Et notez si vous avez dû demander de l'aide pour l'une de ces quatre choses.
Si vous n'avez pas de magasin à proximité, empruntez l'appareil à quelqu'un, ou cherchez une vidéo où l'on voit quelqu'un naviguer réellement dans les menus, plutôt qu'une liste de spécifications lue à voix haute.
Un appareil ne se retourne pas parce que ses menus vous déplaisent. Vous le revendez, et vous perdez de l'argent.
Le poids : le critère qu'on découvre trop tard
Le meilleur appareil du monde ne sert à rien s'il reste à la maison.
C'est une évidence qu'on ne prend au sérieux qu'après avoir acheté. Un boîtier lourd avec un gros zoom se laisse volontiers sur l'étagère un dimanche après-midi. Un ensemble léger part en promenade sans qu'on y pense.
Je m'impose cette contrainte moi-même, et pas toujours à mon avantage. Avant de sortir, je laisse volontairement certains objectifs à la maison, ceux dont je sais qu'ils ne serviront pas aux images que j'ai en tête. Le sac est plus léger et je vais plus loin. Mais ça me coûte des photographies : un oiseau qui passe, un animal trop lointain, la scène que je n'attendais pas. C'est le prix de l'arbitrage, et je le paie encore. Partir avec un appareil léger ne le supprime pas, il vous laisse simplement de la marge avant que le sac ne devienne un poids. C'est d'ailleurs un argument de plus pour le zoom polyvalent : un objectif au lieu de trois, c'est un arbitrage en moins.
Profitez de cette même visite pour passer la lanière autour du cou. Demandez à y monter l'objectif que vous envisagez, parce que le poids annoncé du boîtier seul ne veut rien dire. Et posez-vous la seule question qui compte : est-ce que je le prendrai avec moi ?
Neuf ou occasion, et comment acheter d'occasion sans se tromper
L'occasion est le meilleur moyen d'avoir un bon objectif avec un budget modeste. Un appareil photo est une mécanique robuste, et un modèle bien entretenu de plusieurs années fonctionne parfaitement.
J'achète moi-même très souvent d'occasion : deux de mes trois objectifs en viennent. Mais il faut inspecter sérieusement, et prendre le réflexe de demander les factures.
Voici ce qu'il faut vérifier.
Le nombre de déclenchements, pour un reflex. Chaque boîtier a une durée de vie théorique de son obturateur, souvent plusieurs dizaines ou centaines de milliers de déclenchements. Un vendeur sérieux vous donne ce chiffre. Vous pouvez le vérifier vous-même : demandez-lui une photographie récente prise avec l'appareil, puis déposez le fichier sur l'un des sites gratuits qui lisent ce compteur, en cherchant « shutter count » sur internet. Le nombre est inscrit dans le fichier à votre insu.
L'état du capteur. Demandez une photographie d'un mur blanc ou d'un ciel uni, prise à petite ouverture, c'est-à-dire avec un grand chiffre f, par exemple f/16. Les poussières et les rayures apparaissent immédiatement. Les poussières se nettoient, les rayures non.
L'état des lentilles de l'objectif. Regardez à travers, face à une lumière. Cherchez les rayures profondes, les traces internes, et surtout le champignon, un filament qui se développe dans l'humidité et qui est irréversible.
Le fonctionnement mécanique. Les bagues doivent tourner sans point dur. La mise au point automatique doit être franche et silencieuse. Tous les boutons doivent répondre.
La batterie. Elle s'use. Prévoyez d'en racheter une, c'est peu coûteux.
La facture d'origine. Demandez-la systématiquement. Elle prouve que le matériel n'est pas volé, elle donne la date d'achat réelle plutôt que celle que le vendeur annonce, et elle compte si une garantie constructeur court encore.
Où acheter. Un revendeur spécialisé d'occasion coûte un peu plus cher qu'un particulier, mais il teste, il classe l'état et il offre souvent une garantie de quelques mois. Pour un premier achat, ce surcoût est un bon investissement.
Ce qui doit vous faire fuir : un vendeur qui refuse les photographies supplémentaires, un prix très en dessous du marché, l'absence de la batterie ou du chargeur d'origine, un appareil « jamais utilisé » vendu sans emballage.
Le budget, et comment le répartir
Je ne donne pas de montants, ils seraient faux dans deux ans. Je donne des proportions, qui elles ne bougent pas.
L'erreur la plus fréquente consiste à mettre la totalité du budget dans le boîtier et à se contenter de l'objectif fourni. Vous vous retrouvez avec un très bon boîtier derrière un objectif ordinaire, et vos images restent ordinaires elles aussi, sans que vous sachiez d'où vient le problème.
Une répartition raisonnable pour un premier achat : environ la moitié dans le boîtier, un tiers dans les objectifs, le reste dans les quelques accessoires réellement nécessaires.
Si votre budget est vraiment serré, inversez la logique : prenez un boîtier d'occasion d'une génération précédente plutôt qu'un neuf, et gardez la différence. Elle servira quand vous saurez quel objectif vous manque vraiment, ce qui vaut mieux que de l'engager aujourd'hui à l'aveugle.
Ce dont vous avez besoin le premier jour, et ce qui peut attendre
Indispensable tout de suite
Une carte mémoire de marque connue. Achetez-la chez un revendeur sérieux : les contrefaçons sont fréquentes en ligne et se manifestent par des fichiers corrompus. Une carte de capacité moyenne et rapide vaut mieux qu'une énorme et lente. La vitesse est inscrite sur la carte : plus elle est élevée, moins l'appareil se bloque après une série de photographies.
Une deuxième batterie. Surtout sur un hybride. C'est le seul accessoire qui vous évitera de rentrer chez vous frustré.
Un ordinateur assez récent pour développer vos images. C'est la dépense qu'on oublie dans le budget. Les logiciels de développement sont gourmands et le deviennent à chaque version : Adobe recommande douze gigaoctets de mémoire vive pour Lightroom, soit trois fois son propre minimum. Une machine de dix ans ouvrira vos fichiers RAW, mais chaque réglage se fera attendre, et vous finirez par ne plus développer du tout. La mémoire vive et un disque rapide comptent plus que la puissance du processeur, et un écran correct compte autant, puisque c'est lui qui vous dira si les couleurs dérivent.
Un moyen de sauvegarder vos images. Un disque externe ou un service en ligne. Les cartes mémoire tombent en panne sans prévenir, et elles se remplissent vite.
Ce qui peut attendre
Le trépied. Utile pour la pose longue, c'est-à-dire les prises de vue où l'obturateur reste ouvert plusieurs secondes pour capter le peu de lumière disponible ou lisser le mouvement de l'eau. Inutile les premiers mois. Et un trépied bon marché est pire que pas de trépied du tout : il vibre.
Les filtres. Le filtre polarisant, une lentille qu'on visse devant l'objectif et qu'on fait tourner pour supprimer les reflets sur l'eau et le feuillage, a un usage réel, mais plus tard. Le filtre « de protection » vendu systématiquement à la caisse ajoute une lentille de qualité inconnue devant votre objectif.
Le flash externe. Un monde en soi, à aborder quand le reste est acquis.
Le sac. Un sac que vous avez déjà, avec un peu de mousse, fait très bien l'affaire au début.
Un deuxième objectif, avant d'avoir vraiment épuisé le premier.
Comment décider, concrètement
Répondez à ces cinq questions dans l'ordre, et la réponse apparaîtra.
1. Qu'est-ce que je veux photographier le plus souvent ? Des paysages, des personnes, des animaux, des scènes de rue, mes enfants ? Cela détermine la focale dont vous aurez besoin, donc l'objectif, donc le budget.
2. Où et quand vais-je photographier ? En extérieur de jour, une bonne lumière suffit à presque tout. En intérieur ou le soir, il vous faut de la surface de capteur et un objectif lumineux.
3. Quel poids suis-je prêt à porter sur l'épaule toute une journée ? Répondez en pensant à une vraie sortie, pas à l'idée que vous vous en faites. Un ensemble trop lourd finit sur une étagère, et c'est le seul défaut qu'aucune qualité d'image ne rattrape.
4. Quel est mon budget total, objectif compris ? Total, pas celui du boîtier seul. C'est le piège le plus courant : on compare des prix de boîtiers en oubliant qu'un objectif correct coûte souvent autant. Fixez une somme d'ensemble, puis répartissez-la, plutôt que l'inverse.
5. Est-ce que je veux comprendre, ou est-ce que je veux que l'appareil décide ? Si vous voulez comprendre, privilégiez les molettes accessibles et acceptez un boîtier moins récent. Et sachez que le boîtier ne vous apprendra rien tout seul : c'est précisément ce que couvre ma formation.
Avec ces cinq réponses, entrez dans un magasin ou ouvrez un comparateur. Vous ne serez plus perdu, parce que vous saurez ce que vous cherchez.
Les premiers gestes, une fois l'appareil entre vos mains
Si vous l'avez acheté d'occasion, commencez par une remise à zéro. Le menu des réglages contient une option de réinitialisation. Vous ne savez pas ce que le propriétaire précédent a activé ou désactivé, et certains réglages se cachent assez loin pour que vous cherchiez des jours pourquoi votre appareil ne se comporte pas comme il devrait. Faites-le avant tout le reste, puisque la remise à zéro efface aussi la date et l'heure.
Formatez la carte dans l'appareil, pas dans l'ordinateur. Formater veut dire effacer et préparer la carte, et l'appareil le fait dans le format qu'il attend, ce qui évite bien des erreurs de lecture par la suite. L'option se trouve dans le menu des réglages.
Réglez la date et l'heure. Elles serviront à retrouver vos images pendant des années.
Enregistrez en RAW* en plus du JPEG si l'appareil le permet. Le RAW conserve toute l'information et vous laissera rattraper vos erreurs plus tard, quand vous saurez le faire.
Sortez le manuel une fois, uniquement pour repérer où sont les réglages de vitesse, d'ouverture et de sensibilité. Le reste viendra.
Prévoyez de quitter le mode automatique. Pas dès le premier jour, mais sachez que c'est là que se trouve la porte. Tant que l'appareil décide à votre place, vous ne saurez pas pourquoi une image fonctionne. Ma formation est écrite pour ce moment-là.
Les mots de cette section
Le RAW*. Un format de fichier qui conserve toutes les données brutes enregistrées par le capteur, contrairement au JPEG qui les compresse et prend des décisions à votre place. Un fichier RAW est plus lourd, plus fade à l'écran, et infiniment plus souple à retravailler ensuite.
Ce que cet article ne remplace pas
Vous savez maintenant choisir. Vous ne savez pas encore photographier, et c'est normal, ce sont deux choses différentes.
Le matériel occupe l'essentiel des conversations sur la photographie parce qu'il est facile à comparer. Ce qui fait réellement la différence entre deux images se compare beaucoup moins bien : c'est l'exposition, la mise au point, la profondeur de champ, la lumière et la composition. Aucun boîtier ne vous les donnera.
C'est la raison pour laquelle j'ai écrit Les sept clés de la photographie, une formation payante de 118 pages qui ne parle pas de matériel du tout. Elle explique les sept notions qui séparent une photographie réussie d'une photographie ratée, sur mes propres images, avec leurs réglages réels.
En résumé
L'appareil compte moins que la lumière, moins que vous, et moins que l'objectif.
Achetez un hybride si vous achetez neuf, un reflex si vous achetez d'occasion avec un budget serré.
Regardez l'APS-C avant de rêver au plein format.
Commencez avec un zoom polyvalent, le temps de découvrir ce que vous aimez photographier. La focale fixe vient après, quand vous savez laquelle acheter.
Essayez l'appareil avant de l'acheter. La prise en main et les menus ne figurent sur aucune fiche technique.
Choisissez un système, pas un boîtier.
Et prenez le plus léger des appareils qui répond à vos besoins, parce que le seul appareil qui fait de bonnes photographies est celui que vous emportez.